Scène française

Musard Musard

Musard Musard

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Un proverbe dans un sens, puis dans l’autre sens, comme pour rappeler que les donneurs de leçons n’ont plus rien à dire… L’album de Musard a été précédé par la diffusion en radio et le buzz internet de Vie de loup, ritournelle efficace comme I Fought The Law par The Clash et légère comme une Fabulette d’Anne Sylvestre.

Les guitares acoustiques et le violon tracent à traits rapides toute l’impatience, tout le désenchantement, tout l’hédonisme d’une génération qui se demande s’il n’y a pas mieux à faire que se battre pour un métier. C’est d’ailleurs l’histoire de Musard : « On s’est fait rattraper par la musique à la fin de nos études », dit Guillaume Baranger, vingt-huit ans, titulaire d’un DESS de droit. Après son master de géographie, Candice Guennec, trente ans, s’était ennuyée à mourir pendant ses stages de géomètre : dans Musard, elle chante des libertés, des désirs, des courages qui ressemblent à des amarres larguées au cœur de la ville. Avec Emmanuel Hugues, vingt-huit ans, et Lucile Vallez, vingt-cinq ans, ils ont des têtes normales, s’habillent normalement et parlent normalement – des provinciaux des classes moyennes, diplômés de l’enseignement supérieur et rétifs aux conformismes.

Comment s’étonner alors qu’ils écrivent des chansons taillées pour devenir les hymnes d’une époque ? « Dehors, le doute, le trouble et la peur tu auras/Le ciel étouffe et la vie ne tient pas/Le froid engouffre les âmes dans l’effroi/Des vents qui soufflent des déserts de gravats » dans Dehors, « Allez viens on se dit que c’est aujourd’hui, que c’est le dernier soir que l’on s’ennuie/Qu’on perd du temps à se regarder le blanc des yeux ou la télé » dans Allez viens… La dureté du monde et l’envie d’être heureux, les contraintes du réel et le besoin de vivre vraiment sa vie…

Guillaume et Emmanuel ont commencé ensemble à douze ou treize ans. Trois groupes successifs puis, pour finir, un duo qui joue dans les bars et dans les restaurants pour financer leur vie d’étudiants. Puis ils s’arrêtent un an et, en 2003, rencontrent Candice. Ils lui proposent des mélodies, elle se met à la basse et écrit les textes, sur lesquels elle pose sa voix. Musard est né, mais manque encore d’un instrument quand il faut enregistrer une démo pour trouver des concerts. Ce sera le violon de Lucile, qu’Emmanuel a rencontrée en fac de musicologie et qui avait déjà joué dans un groupe des deux garçons – « du rock bizarre », dit-elle avec un petit sourire.

Une batterie ? « Il n’y a pas eu la rencontre humaine, dit Candice. Et cela aurait fait des problèmes avec les voisins dans le local où nous répétions. » Alors Musard n’a jamais fait de concert avec batteur, Guillaume donnant le tempo sur certains titres – « grosse caisse au pied droit, caisse claire au pied gauche. On comble les vides de la rythmique avec des mélodies, la guitare et le violon se calant là où il y a des manques. »

Quant à la tarte à la crème « rock ou chanson ? », Emmanuel est clair : « Il y a dans Musard un univers très chanson, fondé sur la mise en valeur du texte. Et, pour les arrangements, des choses plus anglo-saxonnes, plus fines que dans la variété française habituelle. Et les textes ne racontent pas toujours des histoires, ce sont plus des ambiances. » Candice confirme, se dit « très influencée par des choses très rythmiques de la scène rock française, la Mano Negra, la Ruda Salska, Noir Désir, Louise Attaque – les premiers groupes que j’aimais. Mais aussi par des rappeurs comme Oxmo Puccino. Mais ce n’est pas la chanson française qui m’a donné envie d’écrire des chansons. »

L’écriture est personnelle et collective à la fois. Candice écrit des chansons qui sont mises en forme collectivement. Chacun apporte des couleurs, des envies, des instruments. Sans se revendiquer au sens propre multi-instrumentistes, les Musard aiment élargir leur palette : un theremin dans La Loi de Murphy, un melodica dans Combats ordinaires, des harmonies vocales beatlesiennes à la Because dans l’autre version de la chanson incluse sur l’album, un tube en plastique et un ukulélé dans Du vent… Il est vrai que, de démo en album autoproduit, Musard a mûri en technique comme en spontanéité, avant d’aller enregistrer son premier album « professionnel » en deux semaines d’enregistrement et une semaine de mixage au prestigieux Studio ICP de Bruxelles – « le rêve, mieux que des vacances au Sénégal ! » Là, ils ont posé les chansons jouées cent fois en concert, tout en conservant l’instinct et l’influx du groupe de scène. Et avec les bonheurs du travail dans un studio d’exception, comme l’arrivée d’un synthétiseur analogique Moog dans Un petit air.

Maintenant, le petit groupe entre dans la vaste compétition, avec les sereines certitudes acquises en gagnant sa vie de petit concert en petit concert. Avec la tranquille assurance de musiciens déjà libres.

LES ALBUMS DE MUZARD SONT DISPONIBLES ICI

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