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Minitel Rose – The French Machine

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Il y a parfois des phénomènes qui prennent de l’ampleur sans que l’on sache comment ni pourquoi. Dans les années 80, par exemple, c’était le minitel rose. Le début des plaisirs virtuels, phantasme de toute une génération d’ados qui n’osaient y aller de peur que les notes de téléphone des parents n’explosent. Tout le monde en parlait alors que ce n’était ni plus ni moins qu’une sorte de Space Invaders du sexe, lent, moche et peu affriolant. A notre époque, le phénomène du moment s’appelle aussi Minitel Rose. Mais là tout le monde parle d’un trio électro-rock nantais, punchy, sexy et très avenant.

A la croisée des Midnight Juggernauts et de Justice, Minitel Rose vient de sortir son premier album The French Machine. Et si on sait d’ores et déjà que le buzz autour d’eux est, lui, bien mérité, quelques questions à Quentin, djay du groupe, sur scène et auteur des textes, s’imposaient pour connaître un peu mieux ce trio idéaliste mais réaliste.

Vous vous définissez comment, comme un groupe résolument électro ou plutôt comme un groupe pop qui utilise des machines vintage ?
Plutôt la deuxième solution, même si, quand on est dans le studio en train de composer on ne se pose pas franchement la question. Après en effet, on fait de l’électro dans le sens où on utilise des synthétiseurs, des boîtes à rythme, des séquenceurs, bref des instruments purement issus de la musique électronique. Mais toutefois, nous, on évolue dans un format semblable aux morceaux de rock ou de pop anglaise, c’est-à-dire avec des couplets, des refrains accrocheurs et des durées qui n’excèdent pas les quatre minutes. Pour nous la pop, ce n’est pas seulement une guitare, une basse et une batterie, c’est toute une structure qui donne une musique populaire au sens large du terme. Donc dans notre cas, c’est un parfais mélange qu’on qualifie d’électro-pop, comme ça pouvait l’être dans les années 80, à l’époque de la banalisation des synthé, où on remplaçait volontiers les instruments traditionnels par des outils électroniques mais où on gardait la structure de base de la pop. On se place dans cette continuité là. Je pense d’ailleurs que si notre album était sorti il y a une vingtaine d’années, personne ne nous aurait posé cette question.

Il y une vingtaine d’années, pourtant, vous auriez eu du mal à sortir cet album, vous étiez à peine nés ? Minitel Rose c’est un projet assez jeune, non ?
Exact. L’aventure Minitel Rose est devenue sérieuse il y a un an et demi à peine. Le groupe, lui, existe depuis deux ans. Mais ce n’est pas notre premier projet non plus. Raphaël, Romain et moi nous connaissons depuis longtemps, nous sommes des amis d’enfance, on partageait les mêmes vacances, et ce qui a toujours scellé notre amitié c’était la musique. On a toujours eu cette espèce de boulimie de création et dès qu’on composait quelque chose de nouveau, on se trouvait un nouveau pseudo. Mais ce n’était jamais très sérieux malgré tout. Maintenant qu’on a tous plus ou moins terminé nos études nos envies sont différentes. Avec Minitel Rose on avait la volonté de passer à la vitesse supérieure, de toucher à un autre style de musique, même si au départ ça n’était pas un projet plus sérieux que les autres. Il a juste suscité plus d’intérêt, donc on s’est dit qu’il y avait quelque chose à creuser. La machine s’est lancée et aujourd’hui on s’y sent bien.

Qu’est-ce qui a fait, alors, que la machine s’est lancée ? Pourquoi vous avez décidé, à un moment, de vous mettre à utiliser ces claviers des années 80 ? Pour suivre la tendance ou pour essayer autre chose ?
Avant Minitel Rose, on évoluait plutôt dans le milieu du hip-hop. On écoutait d’ailleurs beaucoup de rap des années 90. On avait donc déjà les machines, les samplers et quelques claviers qui traînaient chez nous. Mais assez rapidement, on s’est rendu compte qu’on tournait en rond avec nos productions, que le hip-hop d’aujourd’hui n’était plus celui qui nous plaisait. Alors on a tenté de faire autre chose et assez naturellement on s’est inspiré de nos influences cinématographiques. Les films de Spielberg des années 80, les BO de Giorgio Moroder qui ont bercé notre enfance sont rapidement remontées à la surface et on a commencé à composer dans cet univers là. Par contre, jamais nous nous sommes dit qu’on ferait volontairement quelque chose de très marqué années 80.

Pourtant, c’est devenu une tendance très actuelle, ce mélange électro-pop eighties ?
C’est vrai qu’aujourd’hui on est de plus en plus nombreux dans cette mouvance, mais je pense que c’est plus générationnel qu’un effet de mode. Nous, les Minitel Rose, on a entre 20 et 25 ans, et beaucoup de gens qui font l’actualité de la musique ont notre âge. Donc de façon assez naturelle, tous sont influencés par ce qu’ils ont vécu étant plus jeunes. De la même manière qu’il y quelques années, on revenait à des sonorités très rock années 60 ou 70, aujourd’hui on est dans une espèce de revival des années 80. Et il y a fort à parier que d’ici quatre ou cinq ans, on aura un retour des années 90.

Du coup, au lieu de passer pour des has-been, vous êtes considérés comme trendy ?
C’est vrai qu’il n’y a pas si longtemps, quand on avouait aimer le son des années 80, on passait pour des ringards et maintenant c’est devenu chic. Mais nous sommes assez loin de ces considérations. Pour nous, tout n’a pas été bon dans cette époque. Il y a certaines productions que nous avons toujours trouvées classes et très belles, avec une esthétique qui nous a toujours touchés et qu’on essaie de retranscrire aujourd’hui. Je pense à Vangelis ou Moroder, c’est un son qu’il faut garder. A côté de ça, on n’oublie pas non plus que les années 80, ça a aussi été le pire, avec Début de Soirée, Gold et Jean-Pierre Mader, dont on ne sent pas du tout proches !

Peut-on dire, du coup, que Minitel Rose est un nom qui sonne un peu comme une carte de visite ?
Un petit peu, oui. C’est vrai que le nom est très ancré dans les années 80, mais plus que ça, Minitel Rose c’est le fait de transmettre une émotion via la machine. A son époque, le minitel rose, c’était un des rares moyens via une machine, via un écran, d’avoir des émotions interactives. Elles étaient ce qu’elles étaient, certes, mais c’était le début ! Et c’est aussi notre démarche. Via l’électronique, des instruments, des machines, on veut transmettre des émotions, le plus souvent liées à l’amour, également. Donc ce nom c’est même plus qu’une carte de visite, c’est un miroir.

Votre album s’appelle The French Machine. Est-ce aussi une manière de vous poser en nouveaux ambassadeurs d’une « french touch«  version 2.0 ?
Je ne suis pas sûr que nous soyons les meilleurs ambassadeurs du renouveau de la « french touch ». Pour moi, ce sont plutôt des gens comme Surkin qui sont purement électro, qui font de la musique de club, pour danser. La « french touch » d’aujourd’hui est plutôt dans la lignée de Daft Punk que dans celle de Phoenix. Nous, en grands fans des deux, on fait le lien entre eux. Et ce, même sur scène, où on est entre le live et le dj set. Donc on a le sentiment de faire partie d’une certaine scène française, mais on est ambassadeur de rien du tout, ce serait présomptueux.
crédit photo : © tous droits réservés

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