pop-rock

Asaf Avidan Different Pulses

Different Pulses, L'album tonitruant de Asaf Avidan

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Different Pulses, un titre qui a valeur de programme. Cette chanson éponyme sert d’introduction à ce recueil de onze titres, qui lui fournit d’emblée son diapason avec une bande-son d’une beauté troublante, une pulsation décharnée au service d’une voix à la séduction irradiante.

Pas de doute, « Diffrent Pulses » sonne comme un acte de renaissance. Ce que sous-tend tout autant le superbe Cyclamen, dont le climat rappelle également l’omniprésence du cinéma dans la manière d’écrire d’Asaf Avidan, une source matricielle qui lui permet par son fort pouvoir d’évocation suggestive de transcender le mur des catégories, de dépasser la barrière des langues. Le poète enchanteur parle à tous, au-delà même de l’entendement. À l’image de tous ceux qui l’ont précédé, Otis Redding et Ray Charles, John Lee Hooker et Bob Marley, Thom York et Billie Holiday, Leonard Cohen et Tom Waits… Des voix dans lesquelles il croit, des voies qu’il pourrait « suivre les yeux fermés ». Comme on le suit les oreilles grandes ouvertes dans le dédale de sa pensée, introspective et narrative, éminemment paradoxale, singulièrement multiple. Comme l’est sa personnalité, comme l’est cette voix androgyne, tellement sûre et pourtant si fragile.

Pas de doute, l’univers d’Asaf Avidan est tout à la fois doux et âpre, serein et fébrile, mu d’une ubiquité qui rappelle l’ambiguité de son personnage. En deux mots : terriblement entêtant, sincèrement authentique. À mots couverts ou à gorge déployée, d’un swing léger ou d’une extrême gravité, au fil d’une comptine enfantine ou le long d’un hymne bouleversant, il ne fait qu’ouvrir son cœur, corps et âme. Cette diversité à l’œuvre renvoie à ses influences multiples, à ses désirs tout aussi ouverts sur l’infini. La Bible, Homère et Shakespeare ont nourri son verbe, les classiques poètes hébreux Natan Alterman et Yehuda Amichai ont alimenté sa verve, sans gommer les songwriters comme Dylan, Leonard Cohen ou Tom Waits.

Ce disque ouvre large la focale, tout en resserrant le focus à l’essentiel. Pas un mot qui ne soit ajusté, pas une ligne qui ne soit finement taillée, pas une métaphore qui ne fasse sens. Chaque chanson s’agence naturellement à l’autre, malgré la diversité qui compose le canevas initial en surface, pour dresser au final le portrait d’un musicien de ce siècle, tout comme les fines couches musicales se superposent et s’assemblent les unes aux autres pour tresser un chapelet de mélodies au parfum d’éternité. Toutes nous parlent tout autant d’avant-hier que d’après-demain, chacune nous murmure à l’oreille combien le présent est un instant fragile, comment le bonheur est un moment fugace. Combien la musique est depuis ses premiers émois une thérapie pour Asaf Avidan, qui lui permet de se réconcilier avec lui-même et le monde, avec ses démons intérieurs qui sont aussi (souvent) les nôtres. Ces mots bleus pansent les plaies de nos cœurs décousus, comme cet ultime Is This It, une solennelle ritournelle où il pose sa voix, à nu, sans faux semblants.

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