Artiste
Asaf Avidan
Tout a commencé par une histoire d'amour déçu. Asaf Avidan a vingt six ans lorsqu'il se sépare de celle qui partage alors sa vie. Il quitte son job à Tel Aviv, retourne à Jérusalem, la ville ou il est né en 1980. Il change de voie, trouve sa voix. Pour exorciser son mal, il enfourche la guitare et prend la plume. « Je voulais hurler le plus haut et le plus fort possible afin de faire sortir tout ce qui était comprimé à l'intérieur. » Ce sera sa marque de fabrique, un style unique ; ce sera une renaissance, le début d'une carrière. Dans la foulée, il publie un premier six titres sous son nom, rapidement suivi d'une tournée où il s'entoure d'un quatuor de musiciens prompts à le suivre dans les méandres de ses idées sombres. The Mojos sont nés et tout s'enchaîne : les tournées, le succès, en Israël, à New York, en Europe, sur les plus grandes scènes, où il croise certaines de ses idoles… On compare alors sa voix de soie sublimemment écorchée à Janis Joplin, Robert Plant, Jeff Buckley… Sentiments mitigés pour le principal intéressé, tout à la fois honoré et quelque peu étonné. En fait, Asaf Avidan ne ressemble qu'à lui même ; un folk punk rétro-futuriste qui abrite un chant rauque'n'soul, et c'est déjà énorme. Toujours est-il que le phénomène semble le dépasser, tout est allé si vite. Quatre ans, trois albums et des kilomètres de tournée avec les Mojos plus tard, il n'a jamais eu le loisir de prendre le recul pour faire le point. « À un moment donné, c'était devenu juste trop. Il était temps de passer à autre chose. Je désirais écrire de la musique qui ne soit plus confinée à un style ni à un groupe précis. » En juillet 2011, ils décident donc de marquer une « pause créative » illimitée.
Cette rupture, encore une, sera le début de nouvelles aventures, synonyme de radicales ouvertures. « Je souhaitais revenir à une formule acoustique centrée autour du violoncelle et de la guitare, comme aux tout débuts des Mojos. Je me suis tourné vers Karni Postel, très connue en Israël pour sa capacité à dépasser les histoires de style formelles. Sitôt la première répétition les choses étaient claires : nous allions faire un bout de chemin ensemble. » Et c'est encore une fois sur scène qu'il scelle cette nouvelle intimité musicale, qu'il résume d'un trait d'humour : « une excellente combinaison d'un gars avec une voix féminine et d'une fille avec un instrument masculin« . Entre les lignes, cette expérience lui indique la piste à suivre : l'intimité, après des années au service de la collectivité, pour celui qui compose en se laissant submerger par le flot de son inconscient, une énergie irigante qu'il canalise dans un second temps. Seul aux commandes du navire, face à l'océan de sons et d'émotions, le voilà face à un autre défi : il a plus de liberté, mais il faut trouver un cap. « J'ai d'abord été vraiment effrayé parce que jouer en solo ou en duo fait que vous concentrez toute la pression, particulièrement sur scène. Désormais, j'ai suffisamment mûri pour l'apprécier. Je jouis d'une entière liberté créative : je ne dois plus convaincre quiconque de quoi que ce soit. Je fais ma musique comme je l'entends, et j'en assume toutes les conséquences, bonnes ou mauvaises.«
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