électro
Fischerspooner 12 juin 2009 Usine Genève
De l'art ou du gros con
Réputé pour ses prestations live complètement kitsch, basées sur les chorégraphies et les costumes, Fischerspooner venait présenter, vendredi 12 juin, à l’Usine de Genève, son dernier spectacle. Car il s’agit bien là d’un spectacle, plus que d’un concert, tant le duo électro new yorkais a fait passer au second plan le contenu, pourtant remarquable, de son dernier album, tout juste sorti de leurs cerveaux torturés, « Entertainment ».
Plus de fans que de curieux, apparemment, ce vendredi soir, dans la mythique salle de concert genevoise du Rez de l’Usine. Les prélocations ont été nombreuses, les spectateurs présents en masse devant le bâtiment avant l’heure officielle de l’ouverture des portes, autant dire que pour Fischerspooner, le public était conquis d’avance.
Mais quand on s’appelle Warren Fischer et Casey Spooner, on n’aime pas faire dans la facilité. Bon nombre de duos électro pourraient se contenter d’enchaîner simplement ses titres, dans un esprit « live act », capturant le public en ouverture du concert et l’emmenant dans un voyage sonore où l’atmosphère sombre ne serait troublée que par un mur d’images psychédéliques. Bon nombre, oui, mais pas Fischerspooner.
D’entrée de jeu, le ton est donné, la scène est truffée d’accessoires, miroirs, tenues de scène sur des cintres, écrans disséminés ça et là. Le show commence, dans une lumière aveuglante et stroboscopique. Casey Spooner apparaît, telle la réincarnation de Klaus Nomi, avant d’entamer ses premiers chants, micro doré en main, chapeau lumineux vissé sur la tête, entouré de danseuses professionnelles dont les costumes n’ont rien à envier au dessin animé des années 80, « Les mondes engloutis ». Les miroirs gigantesques tournent sur eux-mêmes, les chorégraphies oscillent entre du théâtre Nô et du Jean-Paul Goude sous acide, c’est la stupeur générale dans le public. Alors que certains, au premier rang, commencent déjà à singer ces mouvements de danse, limite en transe, d’autres se disent, au contraire, que le moment est idéal pour aller poser sa grosse commission aux toilettes ou se recommander une petite binouze à l’autre extrémité de la salle, le coude sur le zinc. Pourtant, difficile de rester insensible face à un tubesque « Money can’t dance » et un déjà culte « Emerge ».
A ce jeu de scène outrancier un peu déstabilisant, mais finalement tellement en lien avec la musique des Fischerspooner, viennent malheureusement s’ajouter des interventions de Casey Spooner, entre chaque titre, de plus en plus longues et laborieuses, cassant le rythme, et pas que le rythme. Incontestablement charismatique, un brin mégalo, franchement insupportable, Casey est un funambule sur le fil, entre le génie et le ridicule. Il prend le public à partie, lui taxe des clopes, refuse de continuer s’il ne respecte pas le silence, tente de lui expliquer sa démarche artistique. Il aime se faire détester. Warren, lui, reste discret derrière ses machines, accoutré comme un catcheur qui changerait sa roue au bord de l’autoroute. Trop discret, même, la performance scénique prenant trop le pas sur le côté musical, le live, le vrai, à se demander si une bande son n’aurait pas suffit. Dommage.
Mais quand on s’appelle Warren Fischer et Casey Spooner, on n’aime pas faire dans la facilité, on vous l’a déjà dit. Et ce serait trop facile d’être simplement négatif. L’expérience mérite d’être mûrie. On se demande encore si on a vu, ce soir là, une véritable performance d’artistes contemporains ou un faux live de Fischer-spoliateurs.
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