Scène française
Mademoiselle K Jouer Dehors
Découvrez Jouer Dehors, le nouvel album de Mademoiselle K
Après « Ca me vexe », Jamais la Paix », et « Live », Mademoiselle K est de retour avec un quatrième album baptisé « Jouer Dehors ».
Mademoiselle K, guitare et bottes à talon biseauté, se croit toujours dans un western. Elle a raison. Les supernavrants se partagent le monde comme à une partie de Yalta : « J’te donne l’hémisphère Nord j’ai froid / Je prends l’hémisphère Sud. » (Aisément) Mademoiselle K ne joue pas au Monopoly, elle chante. C’est mieux. Elle ouvre son album par une chanson « politique » sur un air gamin de ne pas y toucher, comme à une partie de marelle dans laquelle on se jette en sifflotant.
Cinq ans après l’album « Ça me vexe », instantané d’une société mondaine et verrouillée (Ça me vexe) en forme d’autoportrait (Jalouse), trois ans après Jamais la paix, album collectif de gimmick (Grave), phrase mantra (Je nique le vent et je pisse debout, Enjoliveur) et Maman XY, une chanson sur l’identité, et deux ans après un live témoin des concerts qu’elle donne avec son groupe de trois musiciens, Mademoiselle K revient.
Elle a toujours sa tête de Pat Benatar. Mais elle se la prend moins. Après son premier album, elle s’est retrouvée strassée, stressée. Son marchand de fruits et légumes l’apostrophait pour la jouer photo-souvenir avec la vedette locale. Elle est devenue parano. Elle s’est recentrée sur l’essentiel, les compos, à se faire seule les questions et les réponses, avec ses jouets. Elle a ressorti sa guitare, son piano, posé des patterns de batterie. Durant un an et demi, elle a écrit, retouché, biffé, réécrit jusqu’à ce que chaque couplet valide l’intention première, phrases en vison doublé. Un an et demi, ce n’est jamais trop long : Mademoiselle K écrit binaire comme il faut pour réinventer le rock à la française.
Dans son local à Pantin, elle a scotché une phrase scotchante : « Le plus grand obstacle à la vie est l’attente, qui espère demain et néglige aujourd’hui. » Bientôt 30 ans, et elle s’est demandé ce qui tenait le plus au corps, de l’énergie ou des compos. C’était le bon moment pour s’affirmer autant comme songwriter que comme performeuse. Sinon, comment on fera quand il n’y aura plus d’électricité ?
Elle en a sorti treize titres qui sont formidables : Aisément, Jouer dehors et les onze autres titres qui composent l’album Jouer dehors. C’est un rock à l’os qui se nourrit de fleurs que Mademoiselle K sait garder sauvages, cuivres (Aisément, T’es mort ?), mélodica-piano (La Corde, avec son riff de basse et son crescendo éclatant) et cordes (Branc’, Laurène L’horizon). Un album qui commence sur une intensité rock de tempo dédoublé avant d’arriver sur des ballades à tordre le cœur. La vie c’est tout petit, un être vous manque et tout est dépeuplé. Laurène L’horizon, qui accueille un quatuor à cordes sur une partie de piano arpégée, parle justement des lignes d’horizon qui laissent passer la lumière, blessures, fêlures, lignes de fuite que l’autre porte pour nous en amitié miroir. Laurène L’horizon est une prière, car cela sert à ça aussi un micro, à chanter tout bas.
Au bout d’un an et demi, Mademoiselle K a rappelé son groupe et Antoine Gaillet, le réalisateur de son premier album. Au studio Vega, elle a passé une semaine ; au studio Pigalle, une autre ; et au studio 1bis, Ivry, quelques semaines. En voix duelles, grain légèrement fêlé, elle a enregistré d’autres chansons, légères sur les amours à serre-tête, aux accents Sioux, aux tutoiements rockab’ (T’es mort ?) ou aux lointains échos cold wave (À l’infini).
Jusqu’à ses 20 ans, Mademoiselle K, Katerine Gierak à la ville, faisait de la guitare classique. Conservatoire de Boulogne, études de musicologie. La mère, fan d’opéra, rêvait d’être pianiste. Son père, qui jouait de l’accordéon, écoutait Elvis et Aznavour. Fille d’immigrés polonais. Toute son enfance, Katerine Gierak a entendu ses parents devoir épeler leur nom. Les parents ne sont jamais mieux vengés que par leurs enfants. Mademoiselle K – en entier – l’a fait. Sans une faute. Les doigts dans l’nez.






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