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Mory Kanté

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Mory Kanté est une légende. Ce musicien traditionnel d'Afrique de l'ouest, s'est d'abord fait connaître dans les années 70 sur la scène locale, avant de dominer les tops internationaux dans les années 80 (résidant à Paris, sa ville d'adoption) et de bénéficier de l'engouement que suscita la musique africaine dans le monde au cours des années 90. Dix années plus tard, il retourne dans sa Guinée d'origine pour devenir un des moteurs du développement économique et une source d'inspiration pour une nouvelle génération d'africains.

Mory Kanté est né en 1950 dans le village d'Albadariya dans la région du Kissidougou en Guinée. « Pour réellement me connaître » nous dit-il, « il faut véritablement apprécier le caractère authentique de mon histoire. Je suis griot, fils de griot, provenant de la famille Mande ». Mory Kanté nous raconte l'héritage de son statut de griot, ou djeli, véritable historien musical dont les connexions familiales remontent aux premiers jours de l'Empire Mandingue, qui imposera sa domination politique et culturelle en Afrique de l'Ouest dès le début du XIIIe siècle. « Djeli c'est le sang », nous dit Mory « l'essence de l'homme ». Mory Kanté est djeli des deux côtés de sa famille, son père (El Hadj Djelifode) était un Kanté, sa mère (Fatouma) une Kamisoko, tous deux issus de clans griots reconnus et originaires du Mali. Mory Kanté se souvient : « J'ai grandi entre ces deux familles et j'ai grandement bénéficié de la tradition orale pour mon expérience musicale. Je suis allé ensuite dans une école blanche puis dans une école coranique. J'ai donc eu trois types d'éducation en grandissant : griot, coranique et blanche ».

Suite à l'indépendance de la Guinée en 1958, le père de Mory Kanté écrivit des chansons pour célébrer la naissance de la nouvelle nation, il sera d'ailleurs décoré en retour. Durant son enfance, Mory Kanté apprit le balafon puis la guitare et réalisa alors qu'il devait utiliser son talent dans la continuité des enseignements ancestraux, au-delà de l'accomplissement musical, afin de promouvoir la nation. Malgré son talent précoce, Mory garda les pieds sur terre – après tout, il n'était que le dernier de 38 enfants ! Poursuivant ses études à Bamako au Mali dès l'âge de 15 ans, il se retrouva bientôt dans The Apollos, groupe local mélangeant divers instruments traditionnels comme le balafon et le Ngoni (famille des luths) avec des instruments occidentaux. « Qu'est ce que la musique africaine ?» nous demande Mory en repensant à cette époque. « C'est de mettre des instruments traditionnels et modernes ensemble. C'est l'identité de la musique africaine. Avec le jazz, les musiques afro-cubaines, et celles des Caraïbes, du Moyen-Orient et du Maghreb. Notre identité repose sur cette association, avec le jazz et la pop tout particulièrement. »

Peu de temps après, Mory débuta sa remarquable épopée dans le Rail Band de Bamako, qui innovait dans l'association de la tradition africaine et du style occidental. Depuis son intégration en 1971, Mory partagea la scène avec Salif Keita ou le guitariste virtuose Djelimady Tounkara. Au fil des années il apparut en tant que joueur de balafon, guitariste, batteur et chanteur… « J'ai tout joué mis à part les cuivres. J'étais un musicien polyvalent ». Au cours de ces années il apprit également à jouer de la harpe mandingue à 21 cordes et de la kora sous la direction du maître griot Batrou Sekou Diabaté à Bamako. Il révéla son talent naturel pour cet instrument, qu'il joue sur une pièce vieille de 80 ans donnée par Batrou Sekou. Mory deviendra par ailleurs le premier d'une longue série de musiciens africains à brancher la kora pour l'utiliser sous forme électrique dans un groupe contemporain. Bien que décriée au départ, cette innovation permit de donner une visibilité internationale à l'instrument, mais également à son interprète, puisque Mory Kanté sera nommé pour une série de récompenses honorant sa contribution à la musique africaine. Il fut également l'un des premiers artistes à remporter un Kora (prix distinguant les meilleurs artistes d'Afrique de l'Ouest), à ajouter à la liste de prix français, dont les Maracas d'Or et les Victoires de la Musique qu'il remporta à trois reprises.

Mory arrêta l'aventure du Rail Band à la fin des années 70 pour se consacrer à une carrière solo, qu'il entama à Abidjan en Côte d'Ivoire. Il commença avec une base traditionnelle dans laquelle il incorpora la musique dance populaire du moment. Au moment de sa venue à Paris, au début des années 80, il définit la base d'un nouveau son visionnaire. Le tournant majeur de sa carrière vint avec le morceau « Yeke Yeke », cette adaptation d'une danse festive traditionnelle de son village, au rythme appuyé, qui bénéficiera désormais grâce à lui d'une production dance pop soignée, d'une section cuivre pleinement déployée, des accords d'une Kora électrique, le tout rehaussé de la voix perçante et puissante de Mory.

Des albums comme « A Paris » et « 10 Kola Nuts » terminèrent d'asseoir la réputation de Mory comme un défricheur de la musique africaine, mais ce fut « Akwaba Beach » en 1987 qui fit le plus grand effet. Sa version rapide et électronique de Yeke Yeke domina les classements européens, notamment le Billboard américain, devenant la carte de visite de Mory partout dans le monde. 24 ans plus tard, au festival Mawazine de Rabat au Maroc, en 2011, une foule de 40 000 fans d'Afrique du Nord reprenait en chœur le morceau dans une transe indescriptible. Entre-temps, Mory avait déjà sorti 5 albums pendant sa période parisienne, et notamment l'hommage à ses racines acoustiques et traditionnelles, l'album « Sabou » en 2004.

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