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SayCet Through The Window

Through The Window, le nouvel album de SayCet

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SayCet <i>Through The Window</i> 5

« Through The Window » est le nom de l’album qui suit « One Day At Home », sorti en 2006. A première vue, il y a une évolution dans le parcours de Pierre Lefeuvre, instigateur du projet musical Saycet. Une nouvelle prise de perspective.

Révélé il y a quelques années par Les Inrockuptibles grâce à CQFD et les Indétendances de la Fnac, Saycet fait son apparition dans le paysage musical français comme un souffle frais. One Day At Home, encensé par la presse spécialisée, est un coup d’essai transformé en coup de maître. Là où d’autres avant lui s’étaient aventuré, Saycet réussit le tour de force de nous transporter au-delà de ses pérégrinations expérimentales, dans des contrées accueillantes.

S’échappant des sentiers battus de l’electronica et de l’Intelligent Dance Music parfois inaccessible, Pierre Lefeuvre compose une musique délicate et onirique, parfois chargée d’une nervosité palpable, se nourrissant de ses diverses découvertes musicales au fil des années : Boards of Canada et en particulier l’album Geogaddi, mùm, les labels Morr Music et Warp.

Plus tard, sa curiosité est stimulée par la musique minimaliste, moins dans l’air du temps. D’un côté, Music For 18 Musicians et Electric Counterpoint, deux pièces majeures de Steve Reich purement acoustiques, qui lui font prendre conscience d’une approche différente de la musique, tandis que les travaux ambient de Brian Eno, Music For Airports et Another Green World redéfinissent sa conception de la composition.

Provoquer les accidents, et faire de l’aléatoire quelque chose de volontaire, voulu, comme pour défier le destin, tout en voulant complexifier et décomplexer le schémat pop, et faire de l’IDM une musique moins « intelligente » et plus immédiate. Avec Through The Window, Saycet marque le désir de dessiner une ligne directrice, pour mieux laisser l’auditeur s’échapper, avec un couplet et un refrain qui sont comme des mélopées.

Une étape également marquée par la rencontre de Phoene Somsavath qui, au chant, parvient à révéler un tout autre aspect de la sensibilité de Saycet. Jusqu’alors, les voix entraient en coup de vent, enveloppées dans des effets. On pouvait entendre sur One Day At Home quelques bribes de phrases et balbutiements presque enfantins.

Sa collaboration avec Pierre Lefeuvre l’amène à griffonner des textes. Une écriture presque automatique qui dévoile des émotions plus qu’elle ne les décrit. Une sobriété dans les mots qui pourrait venir de ses premières influences musicales, lorgnant plutôt du côté du post-rock. Elle fait notamment la découverte déterminante de Even In Silence, le premier album de Jessica Bailiff paru sur le label chicagoen Kranky. Puis vient le tour de Come On Die Young de Mogwai… Les riffs de guitare mélancoliques et la batterie précise, qui annoncent le départ d’une course vers l’horizon.

De sa voix feutrée, Phoene Somsavath raconte l’absence et l’attente, tout en laissant place aux non-dits et à leurs échos. Through The Window, de façon implicite, nous invite à observer le monde qui nous entoure à travers une lucarne, écouter les bruits de la ville ou le silence dans lequel elle est plongée. Comme son prédecesseur, il nous projette dans un état de contemplation.

Quant à Zita Cochet, vidéaste au sein du projet Saycet, elle nous ouvre les yeux et nous fait évoluer vers un autre territoire sensoriel. Elle suit entre autres une démarche narrative mettant en lumière la poésie des éléments qui nous entourent.

Sur scène, elle déclenche volontairement des visuels en temps réel, tels des reflets de notre imaginaire, sur trois supports variés. Le procédé de multiprojection offre au spectateur une liberté de réception, et permet le mouvement général des images qui passent alors d’une structure à l’autre ; l’ensemble coordiné ressemblant à un ballet d’images, de lumières et de couleurs dialoguant avec la musique.

Non pas une simple illustration d’une musique, Zita Cochet raconte à travers ses images une histoire qu’elle aurait pu écrire pour un film, sans début ni fin. Un film qu’on regarde seul, puis avec quelqu’un. La fenêtre étant la seule vue sur le monde extérieur, on parvient enfin à s’échapper. Et plus qu’un voyage introspectif ou une mise en abîme de nos émotions, comme ce fut le cas pour One Day At Home, Through The Window nous invite à l’éveil et à la conscience de soi. De l’autre. Avec pudeur. Toucher, frôler l’autre.

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