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JoeyStarr : «je ne suis pas très bien vu dans le cinéma»

Interview JoeyStarr

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A l’occasion de la sortie du film « Les Gorilles », dans les salles depuis le 15 avril 2015, JoeyStarr nous parle de son rôle, de ses envies, mais surtout de son métier d’acteur.

Quelle est la raison principale qui vous a poussé à accepter le rôle d’Alfonso ?
Dès la lecture du scénario j’ai compris qu’il y avait matière à s’amuser avec Manu Payet. J’avais envie de travailler avec lui depuis un bout de temps ! Quand j’ai su qu’Alice Belaïdi était elle aussi associée au projet, je me suis dit que c’était vraiment pas mal ! Cette histoire-là renvoyait en plus à des films de duos que j’adore comme L’Emmerdeur ou La Chèvre.

Comment parleriez-vous d’Alfonso, ce flic un peu au bout du rouleau, revenu de tout ? Et de quelle manière l’avez-vous travaillé ?
C’est un personnage que nous avons construit Tristan Aurouet et moi. L’alchimie sur le plateau avec Manu a également bien aidé à faire évoluer les choses. Nous ne nous étions jamais véritablement rencontrés avant ce film et j’ai découvert un petit animal qu’on a envie de protéger ! C’est quelqu’un qui est aux antipodes de ce que je peux être : autant je me lance sans filet, autant Manu a besoin de réfléchir aux choses, tout en ayant un véritable instinct du jeu. Rien ne lui échappe du scénario, il propose aussi beaucoup de choses au réalisateur.

Et vous, vous vous définiriez comment ?
Moi je suis un soldat ! Je me laisse porter… Mais ça s’explique par notre différence d’expérience : Manu a fait de la scène et déjà beaucoup de cinéma. On n’a pas le même cursus !

Dans votre parcours d’artiste, sur scène ou au cinéma, il vous arrive de croiser des professionnels de la sécurité rapprochée comme Alfonso ?
Bien sûr, je traîne toujours avec des espèces de colosses qu’on qualifie de «baleines sous roche» dans le métier. Des gars qui n’ont pas besoin d’en faire trop pour s’imposer. Donc évidemment, j’ai dû, même inconsciemment, m’en inspirer. Et puis il y a moi ! Je sais que, généralement, quand je me « ferme », les gens sont vite au garde à vous. Inutile d’en rajouter ! Je le dis d’ailleurs aux gars qui assurent parfois ma sécurité : « Pas besoin d’élever la voix. Quand tu parles doucement tu es encore plus inquiétant » ! Bref, le personnage d’Alfonso ne m’éloignait pas trop du milieu dans lequel je vis. Je connais ces moments où les gens te sautent dessus, t’accaparent. Et généralement, je ne suis pas d’humeur pour ce genre de choses…

Les Gorilles est votre 18e film…

Putain, déjà ?

Vous ne le saviez pas ?
Non, je ne suis pas comptable ! Et puis je considère n’avoir fait que quelques « vrais » films importants comme Max, Polisse, Colt 45, Le Bal Des Actrices et celui-ci. Non pas que les autres n’étaient pas de vrais films ou ne racontaient pas une histoire de qualité, mais ce sont ceux que je garde en mémoire. Ce sont aussi des projets dans lesquels je me suis réellement investi, où je ne suis pas allé en dilettante.

Celui-ci est donc le 18e et c’est une comédie, un registre que vous avez finalement peu exploité mais qui vous convient bien.
Oui plutôt car, contrairement à ce que beaucoup pensent, j’aime rigoler ! Vous savez, la lorgnette par laquelle je me suis intéressé au cinéma français, ce qui m’a fait l’aimer, ce sont des comédies. C’est Veber, Verneuil, ce savoir-faire un peu vieille France avec ce bagout, qui détend ou tend l’atmosphère de l’histoire. Ma référence ultime, c’est Un Singe En Hiver.

Et pourquoi ne tournez-vous pas plus de ce genre de films ?
Mais parce qu’on ne m’en propose pas ! Vous savez, je ne suis pas très bien vu dans le cinéma. Je ne parle pas du public mais du métier… Bon, c’est vrai que ça vient aussi de moi de temps en temps !

Grâce à des films comme Les Gorilles, est-ce que c’est un métier qui vous rend heureux tout de même ?

Même si ça peut sembler un peu bateau, j’estime que la routine tue. Quand je vous disais que j’ignorais avoir déjà tourné 18 films, ça veut aussi dire que pour l’instant, la routine ne s’est pas installée. J’aime cette idée de changer d’équipe, d’endroit. Je viens de la musique, j’adore le live, l’imprévu. En plus je ne suis pas quelqu’un qui réécoute ou regarde ce que j’ai fait parce que j’estime que c’est très compliqué d’être à la fois protagoniste et spectateur. En revanche, j’ai la réminiscence des réactions de ceux qui viennent me voir et qui m’en parlent après. Pour répondre vraiment à votre question, le cinéma me donne l’impression d’être le rouage d’un processus qui de temps en temps marche et embarque vraiment le public dans une histoire. C’est d’ailleurs la continuité de ce que j’ai connu dans la musique : là aussi je racontais des histoires, celles que j’inventais et la mienne.

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