Scène française
Arielle Dombasle Glamour à mort
Arielle Dombasle Glamour à mort
L’année 2009 ressemblait jusqu’ici à un bouquet de sinistrose, où les derniers pétales de fantaisie se fanaient un à un dans un terreau d’ennui. C’est alors que l’on vit surgir dans un triple éclair aveuglant Super Arielle et ses deux chevaliers servants, trois extravagants personnages venus répandre sur nos collines comme une onde folle.
Un simple disque qui tournerait en rond comme tant d’autres ? N’y pensez pas, tant l’objet qui nous turlupine ici ressemble plutôt à la rencontre cyclonique de quelques phénomènes, dont l’addition ne pouvait conduire qu’à cette apparition de type ovniesque. Arielle Dombasle, Philippe Katerine et Gonzales à bord du même vaisseau, voilà un attelage qui promettait d’être spatial, glamour à mort, quand la chanson française, d’habitude, est si banale et sérieuse à mourir. Cette connexion entre grands esprits joueurs eut lieu une première fois il y a deux ans sur un plateau de télé où Arielle était venue présenter son répertoire d’alors, cet album intitulé « C’est si bon » où elle revisitait la crème de l’entertainment américain. Philippe Katerine, pour sa part, était en pleine tornade rose, remontant le son tel un possédé échappé de cet album d’avant-garde cosmique, Robot après tout, dont il avait conçu les plans avec Gonzales. Entre l’Américano-Mexicaine, le Vendéen de Montmartre et le Canadien, certains atomes crochus allaient bientôt centraliser leurs pouvoirs explosifs.
C’est Arielle qui souffla d’abord à ses prétendants l’idée qui lui galopait depuis quelque temps. Celui de réaliser un album de chansons originales en hommage à Sor Juana Inès de la Cruz, poétesse mexicaine du 17ème siècle, considérée comme la première des féministes hispanophones. Cette religieuse éclairée, tellement libre et audacieuse qu’elle frôla d’un souffle l’excommunication, est l’icône du Mexique baroque, et Arielle imaginait dans un premier temps croiser le récit de Sor Juana avec la musique de Bach, Vivaldi ou Haendel qu’elle maîtrise avec perfection. Katerine entrant dans son jeu, entraînant Gonzales dans la boucle, et le disque pieux et sérieux envisagé au départ allait changer de visage. C’est une Sor Juana téléportée vers le 21ième siècle qui allait désormais inspirer nos trois intrépides. Une super héroïne de comics, une sainte des temps futurs, profilée pour d’incessants allers-retours entre les époques, qui occasionnerait des carambolages musicaux et autres anachronismes sonores tout aussi spectaculaires. Arielle avait en tête un feu d’artifice où tambourinaient à la fois les rythmes tribaux mexicains et la distinction du baroque, l’électro-pop rigoriste de Kraftwerk et la transe répétitive des anglo-saxons. A cette profusion d’envies pas forcément compatibles, Katerine ajoutera sa propre marque, son style qui transgresse tous les autres, son goût du grotesque, sa science imagée lorsqu’il s’agit de faire entrer toute une folle farandole sous quelques couplets et refrains.
Les premières strophes choisies pour évoquer Saint Laurent suffisent déjà à transporter ce disque vers d’irréels sommets à la beauté sidérante. A l’autre bout du spectre, on assistera l’évocation particulièrement secouée de El Santo, ce catcheur au masque d’argent adulé dans les quartiers pauvres du Mexique et qui incarne une forme de sainteté, populaire et laïque. Au milieu de ce grand écart, il y aura toutes ces chansons aux humeurs contradictoires, parfois acoustiques avec le titre Seule à seule et d’autres fois électrogènes comme sur Glamour à mort, et Extraterrestre, sauvagement drôles sur A la Neandertal ou aussi bouleversantes que du Jacques Demy avec Sor Juana.
Cet album représente douze tableaux de grâce, de violence et de rires à l’intérieur desquels Arielle Dombasle s’infiltre telle une femme caméléon qui caresse de sa voix pure de soprano un Petit chaton sublime et n’offre son corps divin qu’à Monseigneur, à la manière de la Sainte Thérèse extasiée du Bernin. Le génial Vincent Darré, sorte de Cocteau des temps modernes, a poétisé à l’extrême le costume d’héroïne qu’elle endosse pour ce nouveau rôle, sans doute le plus étonnant de sa fort cocasse trajectoire.
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