électro
Watine Dermaphrodite
Dermaphrodite
A l’image de son titre, Dermaphrodite est une énigme. Un mystère dense, riche, généreux et inclassable signé Watine. Laquelle ouvre une jolie brèche avec ce premier album oscillant, dans ses grandes lignes, entre pop et électro.
C’est un peu un cauchemar. Autant qu’un bol d’air. Un cauchemar car Dermaphrodite est une sorte d’ovni difficilement classable musicalement. Donc peu facile à décrire. Et un bol d’air parce qu’on ne peut justement pas le classer. Parce qu’il effleure beaucoup d’horizons, qu’il flirte avec bien trop de jolies choses qu’on aurait peur de le cloisoner. Et d’être réducteur.
Pop et électro malgré tout dans ses grandes lignes, le premier album de Watine succède à Random Moods – a Digital Ride With Watine. Cette compilation, sortie l’été dernier, regroupait une ribambelle de producteurs électro (Riton, Fila Brazillia, Clashcorner ou encore Gus Gus) autour des textes et de la voix de Catherine Watine. Histoire de lancer un buzz, de se faire plaisir, et peut-être aussi un moyen de se dévoiler en prenant le temps. Car cette Parisienne n’est pas du genre à se lancer sur un coup de tête en se mettant à nu en deux temps trois mouvements. Et d’ailleurs, le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a pris son temps.
Rédactrice pour une collection voyage pendant sept ans, puis auteure et slammeuse dans des cafés parisiens, Catherine Watine a ensuite lancé son propre studio tout en produisant quelques groupes. Avant de se consacrer à elle seule.
Co-produit avec Markus Dravs, connu pour son travail avec Emilie Simon, Brian Eno ou encore Björk, Dermaphrodite déroule une dizaine de chansons baignées dans une atmosphère calme aussi envoûtante que mélancolique. Ouvert par le magnifique « Follow My Vision » et son côté trip-hop, lancé par l’entêtant « Sing C’est La Vie » et ses rythmiques rappelant étrangement le « Hunter » de Björk, l’album s’égrène au fil de petites perles reliées sans heurt ni dissonance.
Deux caractéristiques se dégagent du disque. D’abord cette exclusivité de l’Anglais, délicieusement enrobé de ce léger accent frenchy. Et surtout cette voix. Qui emprunte quelque chose d’évident à Marianne Faithfull. Plutôt grave sans être sourde, subtilement cassée et très finement arrangée par petites touches, la voix de Watine glisse, ensorcelante, tout au long des morceaux. Lesquels se dévoilent peu à peu, et prennent toute leur dimension au fil des écoutes. Ce qui nous condamne, mais c’est un plaisir, à laisser la musique de Watine s’imposer doucement mais sûrement.
Watine, « Dermaphrodite », Catgang, sortie le 17 mars 2006.
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