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Laura Marling I Speak Because I Can

Le nouvel album de Laura Marling

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Laura Marling <i>I Speak Because I Can</i> 5

Après « Alas I Cannot Swim », Laura Marling est de retour avec un nouvel album baptisé « I Speak Because I Can », dans les bacs le 22 mars prochain.

Au début de l’été dernier, juste avant de commencer à travailler sur son second album, Laura Marling a pris le temps de parler avec le producteur Ethan Johns de ce qu’elle ambitionnait de faire. En fait, elle s’est contentée de lui donner deux indications : « Il s’agit pour moi d’une étape décisive, et nous sommes en Angleterre.« 

« I Speak Because I Can » est un disque majeur dont les dix chansons se caractérisent par leur richesse, leur maturité et leur sophistication. C’est également un album marqué par son côté résolument anglais. Malgré ses arrangements à l’amé- ricaine, ses touches de Crosby, Stills & Nash, de Joni Mitchell, Neil Young et Leonard Cohen, ses chansons ne sont pas de pâles imitations de l’Americana. Il y est plutôt question d’une Angleterre couverte de neige, de mûres et de nez gelés, de chansons puissamment ancrées dans leurs racines. Comme si, depuis qu’on ne l’avait plus vue, Laura Marling s’était mise en quête de sa propre identité, et en était arrivée à la conclusion suivante : elle est profondément anglaise, une femme qui n’a pas besoin de se justifier, et définitivement une musicienne.

Après tout, Laura Marling n’avait que dix-sept ans lorsqu’elle a publié son premier album, « Alas I Cannot Swim » au cours de l’hiver 2008. Vibrant d’histoires d’ex-petits amis, de peurs nocturnes et de cœurs qui battent au même rythme que des sabliers, il s’agissait là d’un disque exceptionnel. On y découvrait que Laura Marling, non contente de posséder une voix pure, claire et incroyablement belle, était déjà une incroyable songwriter pour son âge. Son successeur, enregistré durant l’été 2009 près de Bath, aux studios Real World de Peter Gabriel, et aux studios Eascote de Londres, témoigne d’une nouvelle forme de maturité. Souvent, la voix de Laura Marling, davantage consciente des réalités d’un monde par- fois pesant, y est plus dure. Ses paroles tournent moins autour du pot, ses sujets sont plus sombres, toutes choses nou- velles qu’elle résume ainsi : « Je ne suis pas bonne tout le temps, mais je fais de mon mieux.« 

Laura Marling signale qu’elle doit beaucoup de son intérêt pour la musique aux disques qu’Ethan Johns a produits, parmi lesquels ceux de Ray LaMontagne, King Of Leon, Emmylou Harris et Sarabeth Tucek. Elle a toujours apprécié son approche vintage de la production. Enregistré dans les conditions du live, « Forgive Me, Hero » bénéficie de contri- butions de ses musiciens, dont Pete Roe, Marcus Mumford, Ted Twade, Tom Fiddle et Winston Marshall, qui mettent en valeur un texte particulièrement introspectif. « J’ai beau adorer ces types, je ne les contrôle pas. Ils veulent jouer plus dur, plus vite, dit-elle. Mais j’estime que ça fait partie du charme du disque. Si je suis un peu trop complaisante, ils me remettent en phase avec la réalité. »

Le sentiment de féminité qui se dégage de cet album a peut-être à voir avec le fait que Laura Marling mûrit. « Ce qui m’a inspirée, dit-elle, c’est la perception qu’on a eu des femmes à travers l’histoire. » Ainsi, l’avant-dernière chanson du disque, cette « I Speak Because I Can » qui lui donne son titre, est en partie inspirée par Pénélope, la femme d’Ulysse. « Cette idée qu’elle attende son retour, signe d’une relation homme/femme complètement désuète, la monogamie, c’est quelque chose de vraiment étonnant et fascinant. C’est probablement la chose la plus prétentieuse que je peux dire de l’album. » « What He Wrote » a été inspirée par une série de lettres d’amour écrites pendant la guerre que Laura Marling a lues dans un journal. « J’adore cette écriture, cette façon d’exprimer la passion. On sent dans ces lettres le désir ardent d’être en- semble, précise-t-elle avant d’insister sur un passage. Il y était question de l’emprise de l’amour sur le corps et l’esprit. J’ai trouvé qu’il s’agissait d’une métaphore sublime. »

En plus de ces thèmes généraux, « I Speak Because I Can » aborde des sujets plus intimes. Dans Alpha Swallows, par exemple, dont le titre intrigue, Laura Marling a choisi de s’exprimer en langage codé : « Parce que j’y chante des choses plutôt personnelles. J’avais besoin de cette distance pour éviter que mes textes soient trop pathétiques. Et dans mon journal, j’ai marqué des noms comme Alpha Swallows, des noms de code un peu stupides… A Dieu ne plaise que personne ne le lise jamais ! » Laura Marling précise également qu’elle s’est « pardonnée » d’avoir écrit les chansons à cœur ouvert qui émaillaient son premier EP, et même son premier album. « Les premières chansons qu’on écrit sont toujours très personnelles. Il s’agit d’y mettre la bonne dose d’expérience et d’essayer de donner du sens à tout ça sans que ce soit.

Toutefois, un des temps forts du disque est également une de ses chansons les plus intimistes. Goodbye England est une réflexion sur l’amour et l’indépendance doublée d’un hommage mélancolique à la campagne anglaise, flagrant dans le vers « Je n’aime jamais autant l’Angleterre que lorsqu’elle est recouverte de neige« . « L’album, dans son ensemble, parle beaucoup de mon enfance, souligne Laura Marling. J’ai grandi à la campagne et ça s’entend dans ce disque. Je me sens très anglaise. Et j’ai l’air très anglais. Parfois, lorsque je suis en tournée, surtout durant l’hiver, j’ai envie d’être à la maison, dans celle où j’ai grandi, cette ferme avec un feu à l’âtre. » Laura Marling a des souvenirs très précis de son enfance, lorsqu’elle se rendait de chez elle à l’église : « Je me rappelle que mon père disait : ‘S’il te plaît, tu me ramèneras ici avant que je meure’. Je devais avoir neuf ans lorsqu’il disait ça, et je trouvais que c’était quelque chose d’horrible. Mais aujourd’hui, je pense comme lui. J’ai mes racines en Angleterre, et parce que j’y ai grandi, la beauté du pays me frappe plus qu’aucune autre. L’endroit d’où vous venez aide à vous construire en tant qu’individu. Je peux m’acclimater à beaucoup de choses, mais c’est le vent anglais qui me fait frissonner.« 

Laura Marling se souvient qu’il y a encore deux ans, elle avait une peur bleue de la mort, un sujet qui fait trembler la surface de ce disque. « Je ne pense pas qu’on se débarrasse complètement de cette crainte, mais en ce qui me concerne, elle me rendait hystérique et il m’a fallu y faire face, explique-t-elle. La peur de la mort est souvent accompagnée de celle de n’avoir rien accompli, et je me suis dit que ça irait, finalement, parce que j’avais réussi des choses. C’est plus une envie de représenter quelque chose aux yeux des gens qu’une envie de devenir célèbre. Faire que des gens passent une meilleure journée est déjà beaucoup. Je ne parle pas de résoudre tous leurs problèmes, mais simplement de faire qu’ils se sentent un peu plus en confiance. »

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