Scène française
Les Sheriff
Les Sheriff
1993, les Sheriff en concert. J’y étais forcément. Quelques vieux tickets sont encore soigneusement rangés dans un gros classeur, le perfecto est au placard, mais les souvenirs demeurent. Année éthylique, dernière salve punk rock avant disparition. Le groupe joue ici ses meilleurs cartouches. Le barillet gavé de poudre, les guitares montées au maximum, on leur doit les plus grandes heures du rock alternatif, les dernières d’ailleurs. OTH est déjà mort, Parabellum aux arrêts et les Béruriers dans l’invisible depuis la chute du mur de Berlin.
Reste alors ce gang de Montpellier. C’était comme les Ramones : 1, 2, 3, 4, partez ! Des morceaux qui font moins de trois minutes, la sueur dans les lampes des amplis et du texte coup de poing, facile à retenir, vindicatif à souhait.
1993, c’est le grand cru. Le groupe vient de sortir Soleil de plomb et a tendance à faire dorer ses décibels à la chaleur des missiles. En concert, c’est l’explosion. Pogos puissants, crêtes affûtées, des musiciens à cran et un chanteur qui fait encore figure de héro. Dieu que c’était bon. Les types arrivaient à aligner trente titres dans leur set-list. Odeurs de festivals, bières tièdes et merguez froides, les tickets s’alignent, un peu corné et les plus cartonnés, amputés de quelques centimètres. Dans la tête, les flashs fusent. Une scène difficile à escalader, un slam lamentable et un type la tête en sang, qui se mare bêtement dans la glace des toilettes. La salle est blindée de monde, t-shirt aux couleurs du groupe et doigts levés. Rares sont ces instants. Electrochoc sera leur dernière livraison.
En 1998, rideau sur fort Alamo. Le punk est mort, vive le punk. Profitant d’un certain revival (LSD, Bérus, Wampas, Parabellum…), le label Last Call remet les deux doigts dans la prise en nous sortant un live de derrière les fagots. Enregistré au Bikini de Toulouse, l’objet comporte 27 brûlots pris dans le feu de l’action. Saisi par la même occasion en vidéo, un DVD vient compléter la livraison de dynamite. Si le son est énorme, L’image reste amateur. Mais nous l’étions tous à l’époque, tous amateurs de ces sensations à base de rock’n’roll et de houblon. Une prise directe au caméscope, long plan séquence qui retranscrit à la perfection la folie furieuse de leurs concerts. En bonus, quelques titres de la tournée 91 dont deux reprises d’OTH et une de Parabellum. Le clip Jouer avec le feu vient clôturer le programme.
Et la première émotion en visionnant « Du poudron et des glumes », c’est une droite en pleine tronche. Uppercut qui nous ramène à cette époque glorieuse, à cette année 93 où il était plus facile de se bourrer la tronche à un concert que de faire la queue à l’Agence pour l’Emploi. Constat amère ? Même pas. Faire tourner les Sheriff sur son Ipod en 2007 est la meilleure chose que l’on puisse réaliser avant la saga des festivals rocks. Car la simplicité du texte rend le propos terriblement actuel. Deux guitares, basse, batterie et un micro à l’arraché. C’est suffisamment carré, tendu et parfaitement huilé.
Aucun document vidéo des Sheriff n’était en circulation jusqu’à présent, cette sortie est donc inespérée. Tous à vos cuirs et bottes coquées, vos flingues et étoiles bien lustrées, ça va bouger.
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